lundi 4 novembre 2013

La p'tite voiture

On parle de l'Europe. L'Europe, l'Europe, c'est la libre circulation des personnes, des objets et d'autres trucs. J'y connais RIEN en fait à l'Europe mais j'peux dire que pour importer une bagnole d'un pays à l'autre, notamment de la France vers la Belgique, c'est la misère. Une merde européenne même.

J'ai acheté, jadis, une caisse immatriculée en France mais maintenant je l'utilise en Belgique. Car j'habite en Belgique. Et pas pour de sombres questions fiscales, qu'on soit bien bien bien d'accord. Théoriquement, je peux rouler avec pendant trois mois MAXIMUM et ensuite il faut l'immatriculer en Belgique. Sinon c'est le bûcher vois-tu. Bon. Les affaires administratives et moi, ça fait beaucoup donc ça fait un bail que tout ça traîne avec une grosse amende en guise d'épée de Damoclès ! J'ai donc mis un an à me décider en me disant, naïvement, que "vu que c'est l'Europe, ça devrait être une formalité hein, cette affaire-là. Je rends les plaques françaises à la France et je demande des plaques belges à la Belgique. Easyyyyyyy"

Eh bien... pas du tout.

L'Europe, l'Europe. Ah ah oué ! A partir du moment où germe dans ton esprit affûté l'envie de faire cette démarche jusqu'à la réception desdites plaques, il s'écoule trois semaines. TROIS SEMAINES de folies administratives qui te feront connaître les moindres recoins de Bruxelles, grâce auxquelles tu vas prendre des lignes de bus que tu ne soupçonnais pas, et par lesquelles tu te diras "heureusement que j'suis au chômage pour faire tout ça parce que j'commençais bien à m'ennuyer dis-donc dis-donc dis-donc !" OMG.

Il faut deux tonnes de paperasses et un zeste de pugnacité pour, dans l'ordre :
- obtenir le certificat de conformité du véhiculeuh prononcé avé l'assent du sud
- aller à la douane belge (un grand moment !) pour dédouaner le véhiculeuh
- aller au contrôle teckenik pour vérifier le bon état du véhiculeuh
- aller chez un assureur belge pour assurer le véhiculeuh
- aller à la Direction de la Sécurité Routière pour qu'on te donne, non, te vende, une carte grise et UNE SEULE plaque d'immatriculation belge
- faire faire la seconde plaque donc
- chercher un garage sympa pour qu'il t'arrache tes plaques françaises et visser délicatement tes plaques belges
- payer la taxe de mise en circulation
- payer la taxe de roulage
- appeler ton banquier pour savoir si tu ne t'es pas endetté pour dix ans.


===> trois semaines.


SEMAINE 1 : téléphone à ton cessionnaire franco-français, sourire aux lèvres, et  demande-lui de te fournir le "certificat de conformité du véhiculeuh" sinon, tu ne pourras pas faire reconnaître ton véhiculeuh au royaume des Belges. Il te répondra : "Hein quoi ? Qu'est-ce que c'est ?" Tu lui expliques. Blanc à l'appareil. Il te dit qu'il ne peut pas éditer ce document. Et qu'il ne peut rien, mais alors rien faire du tout pour toi et que tu dois en fait téléphoner au siège de la marque. Bon. J'appelle. Et, pareil, ça a l'air bien compliqué tout ça.  Par conséquent et avec honte et mollesse, je laisse tomber.

Ca commence bien n'est-ce pas ? Une matinée perdue au téléphone. Soit.




Passe à la prochaine étape et va voir le douanier à l'autre bout de Bruxelles pour officialiser ton importation. Là aussi, un bon moment typique à la Belge dont je me ferai la joie de te raconter plus tard, mon lecteur adoré des îles. Tu remplis les papiers, tu discutes, tu regardes par la fenêtre et puis on te demande "Avez-vous le cerrrrrtificat de conforrrrmité du véhicule ?"
Merde. "Ah mais si vous ne l'avez pas, vous ne pourrrrrrrez rrrrrrien fairrrre dites. Appelez une fois le siège de la marrrrrrque de votre voiturrrre en Belgique et vous verrrrrez".
Remerrrrrde. Mon véhicule est quand même dédouané, carte grise tamponnée, conductrice soulagée.

J'appelle le siège de la marque mais en Belgique cette fois-ci. On va voir quel pays va être le plus compréhensif. Tu vois comme je suis docile, dis. J'expose ma requête et on me dit tout naturellement, avec un charmant petit accent flamand que "Madame, il n'y a pas de complication pour obtenir votre document. France : 0 ; Belgique : 1 point. Il suffit d'aller chez un concessionnaire de la marque en Belgique et de remplir un formulaire". Mais... où est le piège ? Bougres. Je m'exécute, vais dans un garage de la marque, demande le papier, attends une semaine, reçois un coup de fil comme quoi le papier est arrivé, vais le chercher. 115€ par contre cette connerie. BON ENFIN BREF. J'ai le droit de quoi maintenant ? Avec tout ça je ne sais plus où j'en suis dans mes démarches. Je deviens chèvre.



SEMAINE 2 : J'ai mon certificat de conformité, ma voiture est dédouané. Et ça me fait une belle jambe car je ne suis pas à la moitié de mes démarches. Je prends un premier Xanax. Bon bon bon. Rendez-vous au contrôle teckenick, lequel j'ai pu obtenir en passant un simple coup de fil à une plateforme téléphonique prévue à cet effet. A l'heure actuelle, en France, je serais encore en train de négocier un délai de six mois au lieu de huit alors qu'en Belgique, tout est déjà réglé. Là aussi, un grand moment à la belge, que tu pourras lire de tes yeux émerveillés plus tard. A peine une heure plus tard, mon véhicule est jugé conforme à la mise en circulation belge. Mais youpi quoi.

Alors c'est fini ?

Oui ?

Non.

Non, non et encore non. Il faut... une assurance belge et... des plaques d'immatriculation belges. Ca n'en finit pas. Vive l'Europe dis.


SEMAINE 3 : au moment où je mets les pieds chez mon futur assureur, je me dis que je vais raquer. Je signe quand même. Pigeon un jour, pigeon toujours ! Après tout, les Belges ne rigolent pas avec les taxes et c'est ce genre de truc qui coûte vraiment plus cher qu'en France. Heureusement que les clopes et la bières ne coûtent rien pour compenser dis ! Voilà, j'ai signé, je prends un deuxième Xanax. Mon énième sésame en main, je jubile et je me trimbale dès le lendemain à la très royale DIV pour commander mes plaques. Que dis-je ? MA plaque. Nan mais sérieux. Il faut que je fasse faire la seconde... Mais ma voiture a un cul comme toutes les autres hein ! Pourquoi tu me donnes qu'une plaque ? Requête refusée. Je ferai donc la plaque complémentaire c'est bon ça va hein. Bon un peu dingue. Lol même. Enfin bref, je gueule je gueule mais ma plaque est arrivée le lendemain. Le Belge est flegmatique mais efficace. Tout est relatif comme dirait l'autre.

Fiou... j'ai mes plaques, ma carte grise, une assurance et roule ma poule !


Mais... il faut les fixer les plaques. Et la grosse différence entre la France et la Belgique concernant ces maudites plaques, c'est qu'en France, la plaque reste sur la voiture si on la vend alors qu'en Belgique, la plaque appartient au conducteur et si un Belge change de voiture, il garde sa plaque. Ad vitam aeternam ma ptite dame/mon ptit monsieur. DONC donc donc ça veut dire que les plaques française sont fixées avec un gros rivet et du béton armé alors que les plaques belges sont attachées avec quatre pauv' vis.

Alors j'ai essayé d'enlever mes plaques françaises et ça a donné ça :


Tu auras deviné que je n'ai pas réussi. Après deux lombaires déplacés, un torticolis et les ongles arrachés, j'ai abandonné. Je pars donc à la recherche d'un gentil mécano qui pourra trouver la solution... et je trouve ! Quinze minutes plus tard, mes plaques belges sont posées en échange d'un petit dépannage informatique et je porte avec émotion mes plaques françaises.

Cette fois-ci, c'est fait, c'est terminé, ma voiture est 100% belge.

Vrai ?

Vrai !


Il était temps ! Tout ça pour une bagnole...





Alors ? L'Europe ? Il en pense quoi Barroso ?